"Gentilhomme campagnard", c'est ainsi que la grande Colette a dessiné en deux mots le portrait de son beauceron. Cette définition est toujours d'actualité et il semble difficile d'en trouver une meilleure.Gentilhomme, il l'est jusqu'au bout de l'ongle de son double ergot. Il faut le voir fièrement campé pour mieux surveiller son troupeau ou défendre sa maisonnée, afin de se rendre compte de sa noblesse. C'est un chien "qui ne ment pas" et son apparence de fierté traduit réellement le fond de son caractère. Campagnard, il l'est aussi par sa rusticité, sa réserve, son attachement profond, son sérieux, son amour du travail.
Le beauceron est le plus grand des chiens du premier groupe (groupe qui, actuellement, rassemble tous les chiens de berger). Par sa taille, sa puissance, son expression, il apparaît comme le redoutable défenseur de ses maîtres, de son troupeau, de sa propriété. Son regard foncé est franc, loyal, sévère, voire dur, ce qui lui a peut-être valu dans certaines régions une réputation de chien agressif. Pourtant ce grand chien noir devient " tout bête " avec les enfants auxquels il ne sait comment montrer son affection. Dans ses démonstrations, son contact est quelquefois rugueux. Car un chien de quelques cinquante kilos qui veut "faire un câlin", et pour cela monte sur vos genoux, pose quelques problèmes. Une bonne éducation et sa sagesse naturelle lui permettront d'aborder les enfants et les grands-mères fragiles avec toute la douceur nécessaire. Bien sûr, on imagine difficilement lorsqu'un bébé beauceron fait son apparition dans une famille, que cet adorable chiot sera dix mois plus tard un chien de taille adulte, et qu'il ne sera encore qu'un "grand" bébé. Dix mois c'est court et c'est pourtant durant cette période que le chiot doit apprendre la vie.En matière non de dressage mais de simple éducation, il est impératif que, pendant ces quelques mois, votre compagnon apprenne les principes de base qui régissent la maison. Pour chacun, les interdits sont différents : pour les uns la pelouse est sacrée, pour d'autres ce sera la salle à manger... toute la vie communautaire doit être déterminée au cours des premiers mois, le beauceron pouvant devenir un galopin insupportable, ou bien un compagnon irremplaçable.
Il ne faudra jamais oublier que le Berger de Beauce est un chien fier d'allure, fier de caractère ; toute contrainte injustifiée lui sera inacceptable. Par contre, si son maître se montre équitable avec lui, il fera, toujours, le maximum pour lui donner satisfaction. Une caresse sera la plus belle des récompenses. Le beauceron est le chien d'un seul maître, cela ne veut pas dire que dans une famille il ne s'attache qu'à l'un de ses membres, mais lorsqu'il a été adopté et qu'il a adopté une famille, il éprouve d'énormes difficultés à en changer. Ainsi, une beauceronne qui avait changé de maître à onze mois mit plus de six mois pour se réadapter. Et ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'une fois par an, le premier maître revenant dire bonjour à son ancienne élève, cette chienne qui s'était parfaitement intégrée à sa nouvelle famille lui réservait un accueil délirant. Tous ses proches reconnaissaient qu'elle ne leur démontrait pas tant de joie. Après chaque visite, la beauceronne restait abattue sans pratiquement prendre de nourriture pendant près de huit jours. Elle est morte à treize ans, sans avoir jamais oublié son premier maître. Ces exemples sont nombreux et il serait facile d'en citer plusieurs. Si l'expression "gentilhomme campagnard" correspond bien au portrait du Berger de Beauce, les adjectifs : sage et hardi disent tout sur son caractère. . .