Sage, il l'est : lorsque l'on voit un beauceron, il est évident que l'on n'a pas affaire à un "rigolo". C'est du sérieux, il ne s'en laisse pas conter, il a un devoir, une mission- garder sa maison, ses enfants, ses maîtres ou son troupeau, ou retrouver au bout d'une piste l'enfant fugueur ou la brebis égarée. Il le fera avec toute sa force, toute son intelligence, mais aussi avec toute sa mesure, toute sa sagesse.
Hardi, il le sera dans toutes les actions qui nécessitent d'aller de l'avant, de prendre des responsabilités et il résoudra avec toute la rigueur dont il est capable les problèmes qui se présenteront. Il a une autre qualité dont on parle peu, c'est la régularité de son caractère. Au cours de sa vie, une fois adulte, son comportement demeurera le même. S'il s'est montré un compagnon agréable pendant quatre ou cinq ans il ne deviendra pas, soudain, sans raison, un chien agressif qui mord des enfants qu'il a débarbouillés d'un coup de langue, pendant des années.
Comme certains hommes qui souvent ne parlent pas plus que nécessaire, le beauceron est un chien qui aboie peu et seulement à bon escient. Le maître qui connaît bien son chien pourra sans sortir de chez lui savoir qui s'approche de son domicile ; entre l'arrivée de la voiture d'un familier qui s'arrête, un chien qui passe ou un inconnu, il y aura autant d'aboiements distincts que d'événements différents.
Lorsque l'on parle d'un chien, on cite ses qualités : il garde bien, il est fidèle, il est gentil, il chasse bien ... tout ce qui fait d'un chien de garde, de chasse ou de compagnie le chien rêvé. L'on citera peut-être aussi ses défauts afin de choisir en toute connaissance la race qui peut le mieux vous convenir. On énumérera les ascendants prestigieux pour convaincre et se convaincre de la grande qualité du chien.
Mais il est une chose dont on parle plus rarement c'est : la santé. Il y a encore cinquante ans, la majorité du cheptel beauceron se trouvait entre les mains des bergers, et pour ceux-ci le chien n'était pas un jouet ou simplement un complément agréable à la vie de famille. Il fallait qu'il soit un outil de travail fiable et performant. Ils ne pouvaient donc conserver un chien incapable de fournir un travail dur, tous les jours de l'année (certains doivent encore parcourir plus de cent kilomètres par jour), et ce par tous les temps. Le chien, à cette époque, ne représentait pas une valeur vénale, il ne pouvait donc être commercé" et finir sa vie sur un canapé dans une maison bien chauffée à l'abri des intempéries ; comme le berger ne pouvait garder de chien inutile, de chien à soupe, il était purement et simplement éliminé quand il n'était pas apte au travail.
Nous bénéficions encore actuellement de cette sélection sauvage qui au fil des années a supprimé les sujets maladifs, craintifs, agressifs, faibles, inintelligents, etc., pour ne conserver que des sujets solides, calmes, courageux, intelligents qui sont les aïeux de notre beauceron.Il n'y a rien de plus triste que de voir son fier compagnon vieillir prématurément et commencer à décliner vers l'âge de six ou sept ans, devenir sourd, aveugle, atrabilaire. Le beauceron, bien sur, doit mourir un jour, mais dans la plupart des cas il demeurera jusqu'aux dernières semaines, voire jusqu'aux derniers jours, le chien que vous avez toujours connu et aimé. Son temps de passage près de vous et son travail terminés, il s'éteindra mais ne vous laissera jamais un souvenir de chien déchu.